Catégorie : Agronomie
 

« On peut améliorer les performances de la prairie »

Marc Lambert est président du 3ème collège du COMIFER*, membre du groupe de travail « Azote et Soufre » et agronome chez Yara France, en charge des grandes cultures. Grâce à l’implantation internationale du groupe Yara, il travaille régulièrement avec des agronomes de pays à forte tradition herbagère. Pour Marc, c’est la considération portée aux prairies, temporaires et permanentes, qui demeure un des freins au développement des systèmes fourragers français. De son point de vue, ces dernières bénéficieraient grandement d’une meilleure fertilisation.

Autonomie   Fertilisation des prairies   Qualité de l'herbe   Qualité du fourrage  
 

Herb’actifs : Vous êtes un agronome spécialiste de la fertilisation des Grandes Cultures. Comment abordez vous la fertilisation des prairies ?

Marc Lambert : « L’herbe reste une culture, intégrée dans un système d’exploitation, avec un objectif de volume de production et de qualité. La fertilisation d’une prairie se gère et se raisonne. Des nutriments sont prélevés par les animaux ou la récolte, il faut gérer leur restitution pour assurer la durabilité du système. De plus en fonction du mode d’exploitation, les besoins sont différents. Dans une prairie pâturée il y a beaucoup de restitution ; dans une prairie de fauche il y en a beaucoup moins, sachant que 40 % des prairies temporaires ont une exploitation mixte*. Les gestions de la fertilisation doivent donc être différentes.
Il faut également différencier les éléments qui sont importants pour la croissance du fourrage de ceux qui sont importants pour la qualité du fourrage. Les éléments indispensables à la croissance sont le N/P/K et le Soufre. Parmi les éléments importants pour la qualité du fourrage, on peut citer tous les oligo-éléments, comme le sodium, le magnésium ou le sélénium. »
* Source : Agreste - Enquête Pratiques culturales 2011

H’A : Quel est votre regard sur la fertilisation des prairies française ?

M. L. : « Prairies temporaires et permanentes sont très différentes. Mais si on regarde comment la fertilisation est raisonnée, on a l’impression que ces deux cultures sont traitées de façon identique. La prairie française reste très peu fertilisée par rapport aux prairies des autres pays européens de tradition herbagère. Les éleveurs ne semblent pas considérer la prairie temporaire autant qu’un blé ou un maïs. Et pourtant … »

  Surfaces fertilisées par de l'azote minérale (part) Part de surface recevant de
la fumure organique
Dose moyenne d'engrais minéral apporté par hectare (parcelles fertilisées) Dose moyenne d'engrais minéral apporté par hectare (comprend les parcelles non fertilisées)
  non oui   Azote minéral (kg/ha) Azote minéral (kg/ha) Phosphore minéral 
(kg/ha)
Potasse minérale (kg/ha)
Prairie temporaire 41 % 59 % 36 % 65 38 9 13
Prairie permanente 59 % 41 % 27 % 52 21 6 9
Source : Agreste - Enquête Pratiques culturales 2011

Si entre 2006 et 2011 le recours à la fertilisation organique en fréquence a peu évolué. La fumure minérale est passée en moyenne de 58N-17P2O5-29K2O à 38N-9P2O5-13K2O pour les prairies temporaires et de 46N-13P2O5-22K2O à 21N-6P2O5-9K2O pour les prairies permanentes, soit une baisse de 35 % à 55 %.
Quand on sait que les besoins par tonne de MS d’une prairie varient autour de 25 kg N (15 à 30 kg N selon le type d’exploitation) et que les exportations en P2O5 et K2O se situent entre 6-7 kg et 25-30 kg, cela signifie que les fumures minérales pratiquées ne couvrent même pas l’équivalent des besoins de deux tonnes de MS, ce qui est véritablement très peu. Aujourd’hui, le leitmotiv, c’est la diminution de l’azote minéral. Pourtant à 38 Unités d’N, on n’est clairement pas dans l’excès.
Par ailleurs, aujourd’hui certains minéraux sont apportés aux animaux par les compléments alimentaires. Il est légitime de se demander s’ils ne pourraient pas ou ne devraient pas être apportés par la ration de base. »

H’A : Qu’est ce qui devrait changer selon vous aujourd’hui pour améliorer la pratique de la fertilisation des prairies ?

M. L. : « En France, on considère encore trop la prairie comme une ressource qui est là, plus que comme une culture dont on peut améliorer les performances. Il serait utile de faire progresser le niveau de pratique et de connaissance pour des prairies temporaires types, comme un RGA pur ou une prairie d’association ; et définir ce qui permettrait d’en extérioriser au mieux le potentiel, en terme de production, de qualité et d’impact environnemental. Il faudrait que les agriculteurs se réapproprient davantage le raisonnement de la fertilisation de leurs prairies.

La fertilisation minérale est également considérée plus comme une charge que comme un investissement pour sécuriser son stock fourrager : en augmentant le niveau de production, la fertilisation peut permettre d’augmenter le pâturage sur des zones limitées, laisser des prairies mixtes pour faire ensilage, foin, enrubannage, sécuriser son stock, puis repasser au pâturage. La fertilisation azotée est un levier à réponse rapide.

Nous ne disons pas qu’il faut aller chercher le maximum tonnes de MS qu’il est possible de produire, car nous savons que ces dernières tonnes de MS sont couteuses d’un point de vue environnemental. Mais en France, les prairies ne sont valorisées qu’à environ la moitié de leur potentiel de production. Avec une fertilisation minérale supplémentaire, il y a un potentiel de MS à reconquérir.

On doit aussi rappeler que l’azote n’est pas tout. Il faut également regarder P, K et les éléments secondaires pour avoir une nutrition équilibrée de la culture. A la différence des Grandes Cultures, la teneur en éléments minéraux de l’herbe a une influence directe sur la qualité du fourrage. Une méthode sous-employée est le recours à l’analyse de plante qui donne l’indice Phosphore et l’indice Potasse. C’est dommage car c’est un moyen de se rassurer sur une stratégie de fertilisation. »

COMIFER : Le Comité Français d'Etude et de Développement de la Fertilisation Raisonnée est une plate-forme d’échanges et de concertation entre tous les acteurs concernés (recherche, développement, acteurs économiques, pouvoirs publics, enseignement. Sa mission est de faire évoluer, développer et améliorer les pratiques de la fertilisation raisonnée tout en prenant en compte les contraintes réglementaires et les enjeux environnementaux. Les adhérents y sont classés suivant leur origine professionnelle en trois collèges. Le 3ème collège du COMIFER regroupe les industries productrices de matières fertilisantes, les structures de distribution de ces produits, les industries productrices de matériels de mise en œuvre de ces produits.

 

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