Implanter sa prairie sous une association céréales/protéagineux

Depuis 8 ans, la ferme expérimentale de Thorigné d’Anjou implante ses prairies sous couvert de méteil. Différentes modalités ont été testées pour retenir les meilleures conditions de semis.

Temps de lecture : environ 3 minutes

Sur la ferme expérimentale, le semis des prairies n’a pas toujours été une sinécure. « On a souvent des fins d’été trop sèches, avec des problèmes d’implantation et de salissement par la suite » commente Julien Fortin, le responsable de la ferme. Lors des semis de printemps, le problème est inverse. Si la météo est trop humide, l’implantation est tardive et l’herbe n’a pas le temps de se développer avant l’été. Pour sécuriser son système fourrager face à ces difficultés récurrentes, la ferme expérimentale a débuté en 2011 une série de tests de semis de prairie sous couvert de céréales. L’objectif était triple : réduire le salissement en occupant la place avec l’implantation des céréales, contourner la sécheresse de fin d’été avec une implantation plus tardive et accroître la production à l’échelle de la rotation.

« On devait définir quatre critères : la période de semis, le mode de récolte, le type d’association des céréales et le mélange prairial » énumère Julien Fortin. Sur cette exploitation en bovin viande bio avec des prairies à faible potentiel, les deux premières séries de tests ont permis de définir le bon dosage des semences de chaque espèce implantée. Une troisième série en cours doit finir d’affiner ces chiffres. Aujourd’hui cette technique est utilisée pour l’ensemble des 10 à 15 ha de prairie implantés chaque année. La ferme expérimentale de Thorigné d’Anjou exploite 90 ha de prairie dont 45 ha en temporaire. Ces prairies sont gardées 5 ans avant d’être cassées pour les besoins de la rotation.

L’implantation sous couvert de céréales se déroule vers la mi-octobre en un passage avec un semoir à double caisson. « On implante la céréale à 2/3 cm et la prairie en superficiel avec passage d’un rouleau » détaille Julien Fortin. Il précise que le semis à la volée des espèces prairiales lors d’un deuxième passage fonctionne bien également.

À noter que l’implantation tardive est permise par le couvert de céréales qui protège les petites légumineuses. Julien Fortin ajoute qu’un contexte climatique où les grosses semaines de gelées se raréfient encourage le développement de cette technique. De plus, après l’année d’implantation sous couvert, la pérennité et le développement de la prairie sont les mêmes que pour une parcelle semée de manière classique.

Privilégier l’automne

Des différentes expérimentations, il ressort que le rendement de la prairie est équivalent qu’elle soit semée à l’automne ou au printemps. Cependant une implantation printanière pénalise le méteil. « On abîme le mélange céréales/protéagineux qui est déjà en place. Il s’en suit une perte de rendement de 30 %. Alors qu’avec une implantation à l’automne, les résultats sont équivalents à un méteil sans prairie » affirme le responsable de la ferme.

La prairie implantée se compose de 10 kg/ha de fétuque élevée, 8 kg/ha de ray-grass anglais et 3 kg/ha respectivement de trèfle blanc, de trèfle hybride et de lotier corniculé. « On a essayé avec un ray-grass hybride et un trèfle violet, mais ces espèces sont trop agressives et prennent le pas sur la céréale. Il faut privilégier des espèces de pâturage comme le ray-grass anglais et le trèfle blanc aux espèces de fauche » préconise Julien Fortin.

Pour les espèces du méteil, le choix s’est arrêté sur un triticale pour la céréale à 300 kg/ha. Quand le mélange est ensilé, la céréale est associée à 15 kg/ha de pois protéagineux de 15 kg/ha de vesce. Lorsqu’il est récolté en grain, la vesce est supprimée et le pois est implanté à hauteur de 20 kg/ha. Avec ces quantités implantées, la prairie produit 1 à 2 tonnes de matières sèches à l’hectare sur la période été/automne. Selon les années, elle peut être pâturée de 1 à 3 fois. « Si le couvert est moissonné, les chaumes sont détruits durant le pâturage d’automne et ne sont pas problématiques » assure Julien Fortin. Les modalités de récolte du mélange céréales/protéagineux ont, elles, peu d’impact sur le rendement final, avec quand même un léger avantage pour la récolte en ensilage plutôt qu’en grain.

 

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