Les Digifermes® testent les nouvelles technologies pour la prairie

Didier Deleau, ingénieur régional fourrages à la Digiferme® de Saint-Hilaire-en-Woëvre (55) et président de l’AFPF (Association Française pour la Production Fourragère), partage les avancées que permettent les nouvelles technologies pour une meilleure valorisation des prairies.

Temps de lecture : moins de quatre minutes

Quel est le rôle des Digifermes® ?

- L’objectif des Digifermes® est de mettre au point et de tester des outils et des services connectés, qui permettront aux producteurs d’améliorer leurs performances économiques et techniques, en tenant compte du temps de travail et de l’impact environnemental. A Saint-Hilaire-en-Woëvre, nous travaillons sur différents outils connectés pour des exploitations de polyculture-élevage : capteurs aux champs, capteurs embarqués, et sur les automatisations, par exemple pour éviter des ressaisies manuelles et assurer la traçabilité.

Quelles sont les nouvelles technologies testées à la Digiferme® de Saint Hilaire en Woëvre ?

- Nous travaillons beaucoup sur le « monitoring » en élevage, avec des capteurs positionnés sur les animaux. Ils permettent d’automatiser un certain nombre de mesures et/ou de mesurer des paramètres difficilement mesurables, voire non détectables, comme l’activité des animaux, les temps de rumination. Plusieurs familles d’outils sont utilisées, par exemple les thermomètres vaginaux pour détecter les vêlages, les bolus ruminaux pour le suivi sanitaire au travers de la température des animaux, les accéléromètres pour détecter les chaleurs… D’autres outils permettent le suivi de l’alimentation, comme les colliers avec activimètre qui permettent de mesurer la durée d’ingestion et de rumination. On les utilise principalement dans notre atelier d’engraissement de jeunes bovins. En mesurant les temps d’ingestion et de rumination, ces colliers détectent précocement des animaux qui pourraient être en baisse de consommation et donc alertent sur d’éventuels problèmes sanitaires.

Concernant les prairies, les fourrages, quelles sont les technologies que vous testez ?

- En matière d’application du numérique aux fourrages, nous souhaitons tester différents types de capteurs pour trouver ceux qui mesurent le plus exactement la production de biomasse voire la qualité ; l’idée étant de les intégrer dans des outils d’aide à la gestion du pâturage. Aujourd’hui nous constatons que toutes les mesures sont faites par des techniciens équipés d’herbomètres, qui doivent donc prendre du temps pour passer régulièrement dans les parcelles. De plus, les éleveurs souhaitent recevoir non pas des données brutes mais des données déjà traitées et accompagnées de conseils sur la gestion de leur surface en herbe. Différentes techniques sont à tester : images satellites, des drones, capteurs positionnés soit sur des piquets, soit sur l’éleveur quand il est sur sa parcelle, pourquoi pas directement sur l’animal qui mesurerait lui-même la hauteur d’herbe. Nous sommes actuellement dans une démarche de recherche et pas encore de développement d’un outil parce que nous n’avons pas encore testé les différents capteurs actuellement disponibles et qui pourraient nous donner une mesure fiable de la biomasse.

Ces essais concernent le pâturage. Travaillez-vous également sur les prairies temporaires, avec des aides au pilotage des récoltes ?

- Le pâturage est notre cœur de métier, mais en effet, l’intérêt des capteurs serait également de pouvoir détecter les différents stades des cultures fourragères et de pouvoir préconiser des dates optimales de fauches pour récolter au meilleur stade de développement. Mais rien de concret pour le moment.

En ce qui concerne les fourrages stockés, vous travaillez sur des technologies pour faciliter les chantiers de récoltes, la conservation ?

- Cette année, nous allons travailler sur les sondes de température positionnées dans les fourrages. Le premier objectif de ces sondes est de détecter le plus précocement possible les élévations de température pour éviter d’éventuels risques d’incendie. L’étape suivante consisterait à trouver un algorithme qui permettrait de prédire la perte de valeur alimentaire à l’auge avec une température du fourrage qui serait montée à 50, 55, 60°C… Par contre, nous n’avons pas commencé à travailler sur le matériel de récolte.

Aujourd’hui, les valeurs du fourrage sont analysées à la récolte, mais cette valeur évolue au fil du temps. Où en est-on du développement de capteurs qui permettraient de déterminer la valeur alimentaire d’un fourrage au moment où l’on va le distribuer ?

- Un certain nombre d’organismes de conseils en élevage, sont équipés d’outils qui s’appellent AgriNIRTM. Ce sont des capteurs portatifs qui permettent de faire une analyse en temps réel du fourrage directement dans l’élevage. Ces capteurs sont basés sur la méthode de calibration infrarouge. Ils permettent de faire une analyse de la composition chimique, le lien avec la valeur alimentaire se faisant par un jeu d’équations. Ainsi, des équations ont été développées permettant de prédire la dégradabilité de l’amidon en fonction de la durée de conservation et des principes de calcul ont été validés pour approcher la valeur des fourrages fermentés à partir d’une analyse du fourrage à l’ouverture du silo.

Autre souci des éleveurs, le désherbage des prairies. Les nouvelles technologies ont-elles des réponses à apporter ?

- Nous travaillons, depuis l’année dernière, sur le désherbage des prairies. C’est un gros souci dans les prairies permanentes qui peuvent être plus ou moins dégradées par des vivaces, notamment le rumex, les chardons. Nous avons testé un robot autonome de la société EcoRobotix, conçu pour faire du désherbage chimique localisé. Dans un premier temps, nous lui avons appris à reconnaître les plants de rumex à différents stades. La suite à la prochaine étape.

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